Je ne suis pas un héros !

Je ne rejoue toujours pas au poker, par contre j’en rêve. Et comme j’ai rien d’autres à raconter, je vous le donne...

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Je ne rejoue toujours pas au poker, par contre j’en rêve. Et comme j’ai rien d’autres à raconter, je vous le donne en mille, vous allez avoir droit à mon rêve.

Alors voilà :

Dans mon rêve, je m’étais qualifié pour un tournoi qui s’appelait « the super hero tournament », incapable de me souvenir où et quand j’avais réussi une telle performance, je m’en allais confiant prêt à affronter mes adversaires oniriques. Je me disais même que j’aurais sans doute une belle histoire à raconter dans mon blog (dans mon rêve j’étais le bloggeur le plus suivi du monde et j’écrivais deux billets par jour). Bref, j’abrège les préliminaires et je vais directement à l’essentiel. « The super hero tournament » s’avère être un winner’s take all avec 6 joueurs. Ah, je suis moins emballé là du coup. Sauf qu’avec moi c’est pas n’importe quels « super hero », c’est rien de moins que Superman, Yoda, James Bond, Garcy More, Sauron. Ma première réaction, c’est pas la surprise, je suis dans un rêve rien ne me surprend, non, c’est l’indignation ! Mettre James Bond dans la bande des super héros je trouve ça inacceptable ! Du foutage de gueule ! En plus, c’est la version Michael Craig, encore si ça avait été Sean Connery ou Roger Moore…

Bref, je m’assois remonté comme un coucou suisse, près à rendre justice à tous les vrais super héros qui n’avaient pas eu leur place et à punir cet imposteur ! Astro le petit robot, X-OR, Aragorn, Harry Potter, Alain Bougrain-Dubourd et Candy, je vous vengerai !

J’ai la position sur le blondinet, mais il adopte un style ultra-serré. De fait, il ne joue aucune main. Tout comme Superman qui semble mal à l’aise à la table et c’est Garcy More qui est obligé de lui placer ses blinds à chaque fois, le costaud de service refusant de toucher les jetons. Yoda joue super agressif et gagne quasi tous les coups où il est impliqué. Sauron et son grand oeil va voir tous les flops et il se retrouve souvent à jouer contre Garcy More qui semble être le fish de la table mais en est également le dealer (on voit bien là que c’est un rêve, dans la réalité, jamais un joueur ne distribuerait dans un tournoi important).

Pas évident.

Enfin, James Bond se décide à jouer. Il relance même. Ni une ni deux, je paye avec la position. Évidemment, Sauron et Garcy More aussi.

De mon côté, j’ai une paire de 6, allons voir le flop !

Le flop justement, comme à chaque fois, Garcy More sort des cartes de n’importe où mais personne ne semble s’en émouvoir, d’autant plus que le magicien peste contre lui même à chaque flop et open fold même au bouton toutes ses mains.

Il nous sort un superbe 468 de pique.

Bingo ! Brelan.

Le loustic du MI6 doit avoir overpair. Il s’avance, je le relance, Sauron regarde sa main à deux fois, puis son oeil me dévisage, reste longtemps sur James et il finit par jeter à contre-coeur. L’agent secret bidon me paie.

Doublette du 4. Youpie ! Full. Maintenant s’il a AR de pique il est à moi aussi.

Il check, je bet, il paie encore.

River, doublette du 6. Yahoo ! Carré Même s’il se baladait avec paire de 8, il est cuit !

Il bet. Je raise. Il shove !

Google !!! Il est à moi.

Je m’apprête à payer quand j’aperçois l’oeil empli de pitié de Sauron (si si !). Je me tourne vers James Bond qui semble plus serein qu’un crocodile et j’hésite. C’est quoi déjà la main de Casino Royal ? 7 et 5 de pique non ?

Arf, le doute m’assaille. Et si j’étais le dindon de la farce. Super héro, super héro…

C’est un rêve, je finis par jeter ma main face-up. James Bond croit que j’ai payé (c’est vraiment un fish) et me montre sa quinte flush floppée.

Sauron m’avouera avoir jeter brelan de 8 au flop, vu qu’il voit tout.

Bon. Je suis pas au top et en plus je suis pas sûr d’être parfaitement équipé pour cette partie.

Je change judicieusement de cible et m’attaque à Garcy More. Comme il paie tout et open fold tout, je relance cher pré-flop et fait tapis à chaque fois.

Je regarde même plus les flops.

Et justement, alors que je relance à 9 blinds avec As de carreau et Roi de coeur. Garcy More paie.

J’open shove, comme d’hab’. Puis je regarde le flop cette fois, par curiosité : 456 avec 4 et 5 de carreaux et 6 de coeur. Ouais pas terrible…

Tiens, il hésite. En fait, il fait plus qu’hésiter, il semble complètement déstabilisé… Il finit par payer, pas sûr de lui, et me retourne navré 7 et 8 de carreau. Ah… Quinte plus tirage quinte flush.

« Héhé, désholé, me dit-il, ché pas fais exprès… ».

Bon bah, je crois que mon rêve va s’arrêter là. Mais non en fait. Garcy More sort une turn de son falzard, le 3 de carreau et puis une de sa poche, le 2 de carreau. Quinte flush à une carte pour moi. Finalement, ça me surprend même pas, c’était improbable que Garcy More réussisse un tour.

Il quitte le tournoi, mais avec sa bonhommie habituelle, il nous propose de continuer à distribuer, ce que nous acceptons derechef. Y a rien de plus aléatoire que le résultat d’un de ses tours.

A cinq, un certain équilibre s’instaure. Yoda continue de marcher sur la table à chaque fois qu’il joue. Sauron se couche toujours au bon moment et réussit quelques héro-call impressionnants. James Bond continue de chatter des trucs improbables, mais gagne moins, forcément quand le flop c’est 468 de piques, tout le monde se couche direct. D’ailleurs, au quatrième flop de la sorte, je jette un regard désapprobateur à notre dealer mais celui-ci, avec ce même regard navré, hausse les épaules en signe d’impuissance. Quant à Superman, il n’a toujours joué aucun coup et se laisse manger petit à petit par les blinds.

Et moi ? Bah, je survis en volant les blinds du gars en cape. J’ai sympathisé avec Sauron, qui n’est pas un mauvais bougre dans le fond. En plus, je voyais bien qu’il lorgnait sur une de mes baguouzes et depuis que je la lui ai prêtée pour un moment, il me fout la paix à la table. En fait, il m’a même avoué qu’il a lui même fait fabriquer les jetons du tournoi et qu’ils sont en cryptonite ce qui explique la détresse du super héros en collant bleu. Héhé, du coup je ne loupe plus aucune des blinds de superman en le défiant à chaque fois d’un regard plein de suffisance.

Il finit par se faire éliminer sans avoir jamais joué la moindre main.

On est plus que 4.

J’essaie toujours de punir l’impudent blondinet, mais rien à faire, à chaque fois que je fais trop grossir le coup pré-flop, je me bouffe 468 de piques au flop… Dur la vie.

Sauron et Yoda ne sont pas en reste.

Ils se retrouvent impliqués dans un énorme coup où Yoda fait tapis à la fin sur 99632. Sauron sourit et alors qu’il s’apprête à payer, Yoda l’avertit :

« Te méfier, tu dois.

  • Je ne connais ni la méfiance, ni la peur, mortel. Et je suis max aussi.

  • Mal compris, tu m’as. Te coucher, tu vas.

  • Quoi ?

  • Te coucher, tu vas. La force est avec moi.

  • Non, mais…

  • M’obéir, tu dois.

  • Mais, je vais pas coucher carré de 9 !

  • Te coucher, tu dois. Te coucher, tu vas.

  • Fold…

Le cyclope de la terre du milieu jette face-up la main max ! S’ensuit un capharnaüm terrible ! Sauron s’arrache les cheveux (ouais il a des cheveux, en fait il est châtain foncé avec des jolis boucles), James Bond crie au scandale et Garcy More essaie de faire sortir un cinquième 9 du paquet pour nous faire rire mais sans succès (pour le 9 et pour les rires). Finalement, le directeur du tournoi arrive, il s’avère que c’est maître Capello – je sais pas à quoi il ressemble, mais dans mon rêve je sais que c’est lui – il observe quelques instants la situation et rend un verdict intraitable : Sauron est éliminé. Out. On n’a pas le droit de coucher la main max.

Waow, ça calme. En même temps si Sauron a toujours pas compris qu’il devait se méfiait des petits bonshommes aux oreilles pointues, on peut rien pour lui.

Bon. Je crois qu’il va falloir jouer avec mes propres armes, sinon j’ai aucune chance (et puis ce rêve n’a que trop duré).

Je me retourne vers Yoda et entame avec lui une discussion philosophique :

« En fait, ton concept de force, là, c’est le hasard. C’est juste croire en sa propre chance.

  • Non. La force, le hasard n’est pas. La force, le hasard vainc.

  • Ah, tu veux dire que tu crois tellement fort en toi que finalement ça finit par rentrer.

  • De la vérité, tu t’approches.

  • Ouais, en fait, c’est un peu comme « Aide-toi et le Ciel t’aidera ». Ou « qui veut, peut ». Bref, c’est un truc à la mord-moi-le-noeud et tu t’en sors que par l’intimidation. En fait, Jedi c’est pareil que joueur de poker. T’as rien en poche, mais tu fais croire que t’as. Et tu fais croire tellement fort que ça marche.

  • Insolent, ne sois pas !

  • Ouais, ouais. Mais moi je dis que c’est que de l’intimidation. Que si tu crois si fort en toi et en la force, tu peux bien jouer sans voir tes cartes.

  • La sagesse…

  • Ouais bien sûr. Moi je dis : « Du pleutre, parfois, le sage n’est pas loin. » Ah ! Ca t’en bouche un de coin là !

  • Que ? Tapis !

  • Payé.

Le pauvre nain vert a fait tapis dans le noir avec 7 et 4 quand j’avais paire d’as. Cette fois, la force n’a pas été avec lui.

On est plus que deux.

Mais j’ai abandonné mes rêves d’héroïsme. Il est vain de me lancer dans un heads-up où mon adversaire va de toute façon flopper quinte flush toutes les trois mains.

Je propose un deal équitable, il hésite, mais j’emporte son adhésion en promettant d’aller voir son prochain film.

Et voilà un rêve qui finit bien.

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