No Life and co

J’ai un nolife dans ma vie… Jusqu’alors, j’étais le nolife. Comme bon nombre d’entre vous j’ai subi des reproches récurrents. J’ai appris...

Putain, quand je pense que si ce pique tombe pas à la river, je touchais le jackpot... Sick life...

J’ai un nolife dans ma vie…

Jusqu’alors, j’étais le nolife. Comme bon nombre d’entre vous j’ai subi des reproches récurrents. J’ai appris à accepter ces soupirs d’exaspération qui se chargent de lassitude avec le temps.

Mais aujourd’hui, c’est moi qui soupire et reproche. Car, il existe une plaie plus grande que le poker. Le poker c’est la première étape. Un truc sale, genre opium. Mais les jeux vidéos, ça, c’est l’addiction. Ca c’est LA nolife. C’est le crack en somme. Le truc, t’y touche, t’es cuit. Et quand t’es ado, c’est encore pire.

Mais aussi exaspéré que je suis, je ne peux que constater nos similitudes…

Par exemple, il ne faut pas nous parler quand on joue. J’insiste, NE PAS nous parler quand on joue.
Le temps de cerveau disponible pour la conversation est très limité.

Pour le gamin ça donne ça :

- T’as fait tes devoirs ? (les habitués et les plus malins auront compris que c’est pas moi qui cause en rose…)

- Mmh… (Pareil, le bleu c’est bon pour les djeuns)

- Tes devoirs ?

- Euh, ouais…

- T’as un contrôle demain, non ?

- Mmh…

- Ton contrôle, demain !

- Euh, ouais…

- Tu l’as révisé ?

Je suis obligé de faire un apparté, mais c’est une question piège. Les nolifes en pleine activité n’ont pas suffisamment de cerveau disponible pour suivre une conversation. Ils peuvent répondre à des questions simples, mais pas à une question qui référence quelque chose qui a été évoqué avant. Pas possible. No way. Faut pas le faire.
Là, par exemple, ce petit « l’ » va faire du dégât…

- Mmh ?

- Tu l’as fait !? Oui ou non ?

Le ton change, cela attire l’attention du cerveau qui consacre un peu plus de son temps à cette contrariété.

- Hein ?

- Ton contrôle !

- Quoi ? Mon contrôle ? Non. Demain.

Fin du bonus de temps de cerveau.

- Demain ?! Mais, c’est demain justement. Tu veux avoir zéro ou quoi ?

- Mmh…

- Tu te fous de ma gueule ?

- Euh, ouais…

 

Pour moi, le résultat n’est pas plus glorieux :

- On part ce WE ?

- Mmh…

- Ce WE, j’ai envie de partir.

- Euh ouais…

- Je me suis dit qu’on pourrait…

Là, moi je suis incapable de suivre. Quand elle fait des phrases compliqués, c’est mort. J’alterne les grognements, avec une tendance à l’acquiescement car je suis un mâle. Mais, je n’ai pas le droit au traitement du gamin. Avec moi, elle est bien plus maligne. Le ton ne change jamais. Elle ne répète pas ses questions. Mon cerveau n’est jamais alerté. En bref, je n’ai aucune chance.

- Alors ?

- Mmh…

- Alors ?

- Hein ?

- J’attends que tu me dises ce que tu en penses.

- Ecoute, tout ce que tu veux pourvu que ça soit un pique river !

- Ah…

- Pique !

- Génial.

- Tu l’as dit !

- J’appelle ma mère pour lui dire.

- Hein ? Ta mère s’intéresse au poker maintenant ??!!

- Du tout. Mais elle sera contente qu’on vienne la voir ce WE.

Dur.

 

Y a un autre truc c’est que les nolifes, c’est dur à faire décrocher :

- Il commence à me gonfler çui-là à me relancer tout le temps…

- Il est onze heure ! Tu veux pas lui dire d’aller se coucher ? Il est encore devant son jeu…

- Hein ? Ouais. Putain, il me relance encore… Tapis !

- Je voudrais qu’il aille se coucher et avec toi il écoute plus facilement.

- Couche-toi !

- Mmh…

- Mais couche-toi, bordel !

- Eh, ne sois pas grossier !

- COUCHE-TOI !!!!!!!!!!!!!!!!

- Ouais, vas-y, c’est bon, j’y vais.

- C-OU-CHE TOI !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

- C’est bon, il est dans chambre, arrête de crier…

- YEEEEEEEEEESSSSSSSSS !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! Il s’est couché, putain !!

- Ravie que ça te remplisse d’une telle allégresse. J’aimerai pouvoir en ressentir autant…

 

Mais voilà, on a beau se ressembler, on n’est pas dans la même situation. J’ai plus de 30 berges, lui l’en a moins de 15. Donc forcément, je suis un peu le jedi et lui le padawan.

- Ecoute moi gamin, tu peux pas jouer tout le temps comme ça.

- Euh, pourquoi ?

- Mais enfin, c’est une évidence non ? L’école, c’est un truc qui te parle ? Tes potes ? T’en a pas vu un depuis 2 mois ?

- Ouais, mais non. En fait, je joue avec eux sur le net. On est dans la même team. C’est un peu comme toi quand tu joues sur internet.

- Mais que nenni ! Ca n’a rien à voir du tout ! Moi je travaille. Ca me rapporte de l’argent. Tu crois qu’il vient d’où l’oseille qui a payé ta console ? Hein ? C’est Bibi !

- Non, c’est maman.

- Ne sois pas insolent ! Tu peux pas jouer tout le temps, parce que t’es dans une période de ta vie qu’est importante. T’as mille trucs à faire. A construire. L’école, c’en est une. Mais y a pas que ça. Y a les potes. Et puis, y aura bientôt les filles. Tu crois quoi ? Qu’à vingt piges si t’es scotché devant ta console tout le temps, tu vas ressembler à quoi ? Ca sera qui tes potes ? Et les gonzesses ? Et ta vie, gamin ? Elle ressemblera à quoi ?

- Euh, j’sais pas.

- Bah, à rien ! Non, crois moi. Tu peux pas jouer tout le temps.

- Mais, j’aime ça.

- Ouais, je sais. Mais tu peux pas toujours faire ce que tu veux. Des fois construire des trucs importants, ça passe par faire des trucs casse-couilles. C’est comme ça. Tout le temps. Et si dans ta vie, tu te sors jamais les doigts, bah tu ressembleras à rien, gamin. Je m’en cognes que t’aies des mauvaises notes. Mais je m’en cognes pas si t’as pas de vie en dehors de ton jeu. Ca craint. Tu comprends ?

 

Il a pas bronché cette fois-là. Je peux pas jurer qu’il ait gobé mon bluff sur la vie, mais on va dire qu’il avait pas de quoi payer.
Cette fois-ci.

 

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